CRIMARIO passe le relais à CRIMARIO II

CRIMARIO passe le relais à CRIMARIO II by 11 février 2020

Mombasa 17 décembre 2019 : le projet CRIMARIO a fait part de ses réalisations et de sa contribution concrète à un renforcement de la connaissance de la situation maritime (MDA) dans l’océan Indien lors des deux jours d’atelier organisés à l’occasion de la clôture du projet. Des intervenants de haut niveau ont été invités à débattre des défis et des initiatives de sécurité maritime dans l’ensemble de l’océan Indien en préalable à la présentation du projet CRIMARO II initié par l’Union européenne.

Organisé à Mombasa (Kenya), cet événement a réuni une soixantaine de hauts responsables et des praticiens du pourtour de l’océan Indien : les 5 pays partenaires (Comores, Kenya, Madagascar, Maurice, Seychelles), les pays de l’ouest et de l’est de l’océan Indien et de l’Asie du Sud-Est (Djibouti, Inde, Indonésie, Japon, Malaisie, Somalie, Thaïlande) ainsi que les principaux partenaires internationaux s (EU NAVFOR, EUCAP Somalia, OMI, MASE, COI).

La réunion a été officiellement ouverte par le chef de la délégation de l’UE au Kenya, l’ambassadeur Simon Mordue, et la secrétaire principale du Département du transport et des affaires maritimes, Mme Nancy Karigithu. Tous deux ont souligné la nécessité d’intensifier la coopération régionale et le partage d’informations maritimes pour parvenir à un espace maritime apaisé et protégé qui permette ainsi à l’économie bleue des états riverains de l’océan Indien de prospérer. Outre l’annonce du projet CRIMARIO II, l’ambassadeur Mordue a mentionné les principales initiatives de renforcement de capacités de l’UE portant sur l’ouest de l’océan Indien, à savoir un programme régional sur la mer Rouge et un autre sur la sûreté portuaire et la sécurité de la navigation, ainsi que le soutien de l’UE au service des garde-côtes du Kenya récemment créé. Il a rappelé que les relations de longue date de l’UE avec la région ont connu ces dernières années un développement significatif de la coopération en matière de sécurité, le secteur maritime étant des plus prometteurs. En tant que pays fortement impliqué dans la sécurité maritime régionale et internationale, le Kenya a pris et continue de jouer un rôle majeur dans la lutte contre la piraterie et le vol à main armée au large de la Corne de l’Afrique. À ce titre, le pays a pris la présidence du Groupe de contact sur la piraterie au large des côtes de la Somalie (CGPCS) pour 2020.

L’équipe CRIMARIO a ensuite pris la parole pour détailler les réalisations faites sur une période de 5 ans : la plateforme web IORIS connectant actuellement 128 utilisateurs dans 5 pays et 2 centres régionaux – 60 sessions de formation en visualisation et analyse des données maritimes dispensées à plus de 1000 professionnels – le transfert du réseau côtier AIS aux autorités kenyanes – et l’établissement d’un solide réseau de praticiens de l’océan Indien conscients de l’importance du partage d’informations au niveau national et régional. Le projet a développé une approche unique et globale alliant diplomatie publique, communication numérique et gestion des connaissances qui met en avant le projet, la plateforme IORIS, les actions de renforcement des capacités et l’esprit de partenariat. Cette initiative européenne est ainsi devenue un acteur reconnu parmi la communauté de la sécurité maritime de l’océan Indien.

Au cours de deux tables rondes animées par Marianne Péron-Doise, conseillère stratégique de CRIMARIO, les enjeux complexes de la sécurité maritime ont été discutés en profondeur. Les premiers échanges ont évalué le développement stratégique de la sécurité de l’océan Indien et évoqué les risques et opportunités soulevés par les nombreuses tendances qui touchent le domaine maritime. La perception globale est que l’ensemble de la région est plus vulnérable face aux nouveaux défis de sécurité non traditionnels (résilience des groupes de piraterie, pêche illégale non déclarée et non réglementée, augmentation des trafics de drogues et d’êtres humains, menaces sur la biodiversité des océans et l’environnement) qui nécessitent une approche coordonnée et davantage de coopération entre les puissances régionales mais aussi avec les acteurs extérieurs soucieux de la stabilité de la région et de l’état de droit en mer. L’un des intérêts du panel était de partager les perspectives européennes et indiennes grâce à des échanges stimulants entre le commodore José Vizinha Mirones, commandant de la force européenne Atalanta et le vice-amiral (de réserve) Pradeep Chauhan, directeur de la National Maritime Foundation à Delhi. Les deux intervenants ont tout particulièrement reconnu qu’il y avait une ambiguïté dans la définition de toute politique de renforcement des capacités, qui se doit de reconnaître les différences entre capacité matérielle et capacité politique. Dans certain cas, un Etat peut disposer de capacités maritimes mais sans cadre d’action pour le mettre en œuvre (sans accord ou volonté politique).

Le deuxième panel était consacré aux développements stratégiques actuels de la sécurité maritime en Asie du Sud-Est. L’un des objectifs du panel était d’accompagner la présentation du nouveau projet de renforcement des capacités de l’UE, CRIMARIO II, qui verra l’extension de la plate-forme IORIS vers l’est de l’océan Indien et l’Asie du Sud-Est. Pour ceux qui n’avaient pas une bonne connaissance des relations entre l’UE et l’ASEAN, ce fut une excellente occasion de montrer que l’ASEAN était devenue l’une des vitrines de la politique étrangère de l’UE en Asie. De plus, dans le domaine de la sécurité, le secteur de coopération le plus développé a été celui de la sécurité maritime. La stabilité et la prospérité de l’Asie du Sud-Est dépendent dans une large mesure d’un domaine maritime sûr et sécurisé, mais les eaux asiatiques sont bien connues pour être le théâtre d’activités illégales allant d’un type violent de piraterie et de contrebande à la pêche INN, aux migrations ainsi qu’aux dégâts environnementaux qui tous ne peuvent être traités que par une coopération régionale et internationale. Ces sujets ont été abordés avec brio par trois chercheurs seniors: le Dr Jay Benson, de One Earth Future, USA, responsable du programme Stable Seas, le capitaine de vaisseau (de réserve) Martin Sebastian, de l’Institut maritime de Malaisie et le professeur Tomonori Yoshizaki de l’Institut national d’études de défense du Japon.

Il ressort de ces échanges que malgré le fait que la région bénéficie de bases solides pour lutter contre l’insécurité maritime grâce à un cadre politique, des mécanismes maritimes, structures d’échange et dialogues politico-militaires (RECAAP, IFC Changi, divers forums de l’ASEAN), le partage d’informations est considéré comme faible aux niveaux régional et national. Outre la technologie, la faiblesse du partage est surtout liée à des problèmes humains et de confiance ainsi que des rivalités inter-agences.

Un autre élément à considérer est que, contrairement à l’océan Indien, la sécurité maritime est étroitement liée aux questions de souveraineté et aux droits économiques dans les eaux d’Asie du Sud-Est, ce qui peut conduire à des relations complexes entre les forces navales, les garde-côtes et d’autres administrations de police en mer. On note cependant le développement important des flottes de garde-côtes dans la région, notamment grâce au soutien actif du Japon et de sa «diplomatie garde-côtière».

Le capitaine Hassan Afrah, directeur de l’Administration maritime somalienne, est ensuite intervenu pour relater sa difficile période de captivité, alors qu’il était aux mains de pirates, nous permettant de mieux saisir la réalité humaine de la piraterie.

Ondrej Vosatka, responsable du programme CMR, DG Développement international et coopération de la Commission européenne, a présenté le projet CRIMARIO II. Il a souligné qu’avec ce projet, l’UE souhaitait offrir aux pays partenaires un moyen de renforcer la coopération en matière de connaissance du domaine maritime dans l’ensemble de l’océan Indien et des pays d’Asie du Sud-Est. Outre la plate-forme IORIS, il est prévu des activités pour améliorer les capacités de mise en œuvre de la législation, en encourageant les approches intersectorielles et interrégionales en matière de surveillance maritime et de police. Le projet appuiera également la création d’une plateforme régionale pour faciliter la communication au sein des agences de police maritime

La conclusion de cet atelier a été de souligner l’intérêt d’une coopération transparente et d’un dialogue confiant entre responsables et partenaires régionaux soucieux de préserver une bonne gouvernance maritime de l’océan Indien. La poursuite du projet CRIMARIO et son extension vers l’est de l’océan Indien et l’Asie du Sud-Est nécessitera de continuer ce dialogue et de le nourrir régulièrement.

L’inauguration du réseau AIS côtier mis à disposition par CRIMARIO au Kenya s’est tenue séparément le 18 décembre 2019. Voir l’article dédié.